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Marques des années 90 disparues : celles qu'on ne retrouve plus

Club Récré · 26 août 2026 · 8 min de lecture

Photo d'illustration, Marques des années 90 disparues : celles qu'on ne retrouve plus

Il y avait cette étagère, au fond de ta chambre, avec le pull posé dessus. Celui que tu ne mettais que le samedi. Un logo brodé, une marque que tout le collège reconnaissait à dix mètres, un truc qui valait trois mois d’argent de poche. Aujourd’hui, tu cherches ce nom sur internet et tu tombes sur un site fantôme, une page Wikipédia au passé, ou pire, une collection neuve qui n’a plus rien à voir. Les marques des années 90 disparues, c’est ça : des noms qui existent encore sur le papier mais dont l’objet, lui, ne se fabrique plus.

Ce qui a changé en 2026, c’est que la casse est devenue massive. Camaïeu, Kookaï, Naf Naf, Jennyfer : la liste des enseignes françaises passées par la case tribunal de commerce s’est allongée d’année en année. Certaines ont été rachetées pour le nom seul, d’autres ont fermé pour de bon, quelques-unes ont été relancées avec un cahier des charges complètement différent. Résultat : quand tu dis à ton gamin “ça, c’était ma marque”, tu parles souvent d’une chose qui n’a plus d’existence commerciale.

Cet article fait le tri. Ce qui est mort, ce qui a survécu sous une autre forme, ce qui est revenu. Et surtout, ce que ça change concrètement pour toi quand tu cherches une pièce d’époque en seconde main, pour toi ou pour tes enfants.

Disparue, rachetée, relancée : trois statuts très différents

Avant de citer des noms, il faut poser le vocabulaire, parce qu’on mélange tout. Une marque peut être liquidée : l’entreprise s’arrête, les magasins ferment, les salariés partent. Elle peut être reprise partiellement : un repreneur garde le nom, quelques boutiques, une partie des équipes, et redémarre autre chose. Elle peut enfin être mise en sommeil puis relancée des années plus tard par un groupe qui a racheté le logo dans un lot.

Cette nuance n’est pas de la paperasse. Elle explique pourquoi tu peux acheter un vêtement neuf portant un nom que tu croyais mort, et être déçu en trois secondes. Le logo est le même, la coupe non, le tissu non, l’usine non. Dans les marques des années 90 disparues, la vraie disparition est rarement celle du nom. C’est celle du produit et de l’atelier qui allait avec.

Le troisième cas de figure est le plus fréquent aujourd’hui : le nom devient un actif qu’on revend. Un repreneur achète une notoriété déjà payée par vingt ans de publicité, puis la colle sur une production complètement nouvelle. C’est légal, c’est logique économiquement, et c’est exactement ce qui rend la seconde main intéressante pour nous.

Naf Naf et Kookaï, les deux icônes qui ont trébuché

Naf Naf, c’est 1973. Deux frères, Gérard et Patrick Pariente, une boutique dans le Sentier à Paris appelée Influence, puis un nom adopté en 1979. Le décollage arrive en 1983 avec la combinaison en toile de coton, vendue à plus de trois millions d’exemplaires, qui installe la marque à l’international. Dans les années 90, Naf Naf est partout, du catalogue à la galerie marchande. La suite est plus dure : dépôt de bilan en mai 2025, puis reprise partielle par le groupe Beaumanoir en août 2025.

Kookaï suit une trajectoire parallèle. Lancée en 1983, elle devient dans les années 90 une machine à campagnes publicitaires, avec ses “Kookaïettes” qui ont marqué toute une génération d’affichage urbain. Vendue en 2017 par le groupe Vivarte à un homme d’affaires australien, la marque est placée en redressement judiciaire le 1er février 2023, puis reprise en partie fin 2023 par le groupe Antonelle-Un jour ailleurs, avec seize magasins, dix-sept corners et soixante-dix emplois conservés.

Les deux histoires racontent la même chose. Ce ne sont pas des marques ratées, ce sont des marques qui ont continué à exister pendant que leur public d’origine vieillissait et que leur modèle, beaucoup de boutiques physiques, beaucoup de stock, se faisait broyer par le commerce en ligne à très bas prix.

Chevignon : le nom a survécu, l’aura beaucoup moins

Chevignon, dans une cour de collège de 1994, ça n’était pas un vêtement, c’était un statut. Le blouson, les cuirs, le logo. La marque a fait partie du groupe André, devenu Vivarte en 2001, avant d’être cédée en mars 2019 dans le grand démantèlement du groupe. Depuis, elle a changé de propriétaire plusieurs fois.

Techniquement, Chevignon n’est donc pas une marque disparue : elle est toujours exploitée. Mais l’objet que tu as en tête, lui, appartient à une époque précise de la marque. C’est le paradoxe de beaucoup de marques des années 90 disparues au sens affectif du terme : elles n’ont pas fermé, elles ont juste cessé de faire ce pour quoi tu les aimais. La seule façon de retrouver la pièce, c’est le marché de l’occasion.

Le rayon enfant a changé de mains, pas de nom

Côté kids, la bascule est spectaculaire. Chipie naît en 1967 à Carcassonne, fondée par Jean-Michel Signoles, d’abord sur de la friperie américaine revendue, puis sur du jean. Le petit chien écossais et les carreaux deviennent sa signature, et une ligne Chipie Junior arrive dans les années 80. La marque est rachetée en 1999 par le groupe Zannier, devenu Kidiliz.

Kidiliz dépose le bilan en 2019. Absorba, fondée en 1949 à Troyes, Catimini, créée en 1972 par Monique et Paul Salmon, Lili Gaufrette et Chipie changent de camp et rejoignent ÏdKids. Chipie est relancée en septembre 2021, avec un vestiaire volontairement court, recentré sur ce qui a fait son succès : denim, sweats, chemises à carreaux, pour les filles de 4 à 12 ans.

C’est le seul cas de figure vraiment réjouissant de la liste. Un rachat qui ne se contente pas du logo mais qui va rechercher l’ADN. Ça reste une exception.

Les enseignes tombent avant les marques

On oublie souvent que l’endroit où on achetait comptait autant que la marque. Camaïeu a fermé définitivement le 1er octobre 2022, avec 2 100 salariés concernés, le nom étant ensuite racheté par le groupe Celio. Jennyfer, l’arrêt de bus obligatoire de toute une génération d’adolescentes, a demandé sa liquidation judiciaire le 30 avril 2025, avec environ 1 000 emplois menacés.

Derrière, il y a le cas Vivarte, l’ex-groupe André, chausseur depuis 1896, créateur de La Halle en 1984 et acheteur en série dans les années 80 et 90. Naf Naf, Chevignon, Kookaï, Pataugas, Besson : tout ça a cohabité dans la même maison, avec environ 1,3 milliard d’euros de dette au moment du démantèlement. Le groupe a été liquidé en 2022. Quand une holding de cette taille se disloque, ce ne sont pas une ou deux marques qui bougent, c’est un rayon entier de ton adolescence.

Pimkie, autre habituée des centres commerciaux, a suivi un chemin différent : en septembre 2025, l’enseigne a signé un partenariat avec Shein pour proposer des collections produites en Chine et vendues sous son propre nom. Difficile de faire un symbole plus net du basculement.

Airness, la marque qui arrive juste après

Si tu es né au début des années 80, Airness appartient plutôt à ta fin d’adolescence. Malamine Koné, né en 1971 au Mali, arrivé en France à dix ans et élevé à Saint-Denis, champion de France amateur de boxe anglaise en 1994 et 1995, crée sa marque en 1999. En 2006, Airness est distribuée dans près de 2 000 magasins français pour plus de 120 millions d’euros de chiffre d’affaires, portée par des ambassadeurs comme Djibril Cissé, Sylvain Wiltord ou Didier Drogba. Liquidation judiciaire en 2017, le fondateur conservant la marque de justesse.

On la cite parce qu’elle illustre autre chose : une marque peut mourir en pleine notoriété. Ce n’est pas toujours le style qui lâche, c’est la logistique et la trésorerie. Bonne nouvelle pour le chineur : ces marques laissent derrière elles un stock d’époque énorme, en circulation dans les familles.

Repérer une vraie pièce d’époque en trois réflexes

Premier réflexe : l’étiquette. Composition tissée, pays de fabrication, ancien logo. Une marque relancée réutilise rarement à l’identique l’étiquetage d’il y a trente ans, et c’est le détail qui trahit le plus vite une réédition.

Deuxième réflexe : la coupe et la taille. Les grilles ont bougé, un 38 des années 90 ne tombe pas comme un 38 d’aujourd’hui. Sur un vêtement enfant, mesure à plat plutôt que de te fier à l’âge indiqué. Troisième réflexe : les finitions. Coutures rabattues, boutons métal marqués, doublures présentes, fermetures lourdes. C’est souvent là que se voit la différence de fabrication, et c’est aussi ce qui explique qu’une pièce de trente ans passe encore trois hivers sur le dos d’un enfant.

Ce qu’on en fait, concrètement

Le but n’est pas de déguiser tes enfants en photo de classe de 1996. Une pièce, une seule, dans une tenue actuelle, ça suffit. Un sweat à logo, un jean bien coupé, un blouson récupéré. Le reste peut être simple et neuf.

Et il y a un argument plus solide que la nostalgie : ces vêtements ont déjà prouvé qu’ils tenaient. Un jean qui a survécu à un adolescent des années 90, à un grenier et à trois déménagements ne va pas céder au premier toboggan. C’est exactement la logique qu’on défend ici, transmettre des choses qui durent, comme on faisait.

D’où viennent ces informations

Les dates, rachats et procédures cités dans cet article proviennent de sources publiques consultées pour cet article : FashionNetwork sur la reprise de Kookaï, FashionNetwork sur la fin de Vivarte, ÏdKids sur l’histoire et la relance de Chipie, Wikipédia sur Camaïeu, Wikipédia sur Pimkie, Wikipédia sur Malamine Koné et Le Petit Journal sur les enseignes françaises en difficulté.

Si tu veux passer de la liste à la pièce, le plus simple reste les plateformes de seconde main et les vide-greniers, où circulent encore beaucoup de vêtements d’époque sortis des armoires familiales. Cherche par marque plutôt que par mot-clé, regarde les coutures et les étiquettes avant le logo, et méfie-toi des annonces qui écrivent “vintage” sans jamais donner d’année. Une pièce qui a déjà tenu trente ans tiendra la récré de ton gamin.

Questions fréquentes

Est-ce que Naf Naf existe encore en 2026 ?

Oui, mais pas sous la forme que tu as connue. Naf Naf a été fondée en 1973 par les frères Gérard et Patrick Pariente, avec une première boutique dans le Sentier à Paris, et le nom a été adopté en 1979. La marque a explosé en 1983 avec sa combinaison en toile de coton, vendue à plus de trois millions d'exemplaires. Après des années de difficultés, elle a déposé le bilan en mai 2025, puis a été reprise partiellement par le groupe Beaumanoir en août 2025. Le nom vit donc encore, mais l'entreprise d'origine, elle, n'existe plus. Les vêtements estampillés Naf Naf que tu croises aujourd'hui n'ont plus grand-chose à voir avec ceux de ton adolescence.

Comment savoir si un vêtement vintage des années 90 est authentique ?

Regarde d'abord l'étiquette intérieure. Les pièces d'époque portent souvent une composition tissée, un pays de fabrication qui n'est plus celui d'aujourd'hui, et parfois un ancien logo différent de la version actuelle. Les tailles sont un deuxième indice : les grilles ont changé, un 38 des années 90 ne tombe pas comme un 38 de 2026. Vérifie aussi les finitions, coutures rabattues, doublures, boutons métal marqués. Enfin, méfie-toi des rééditions : plusieurs marques relancées reprennent le logo d'origine sur des collections neuves. Demande simplement au vendeur une photo de l'étiquette de composition et de l'étiquette de marque, c'est le test le plus rapide.

Pourquoi autant de marques de vêtements françaises ont fermé depuis 2020 ?

Trois raisons se cumulent. D'abord la concurrence des plateformes en ligne à très bas prix, citée dans tous les dossiers de reprise récents. Ensuite un parc de magasins trop lourd en centre-ville et en centre commercial, avec des loyers fixes et une fréquentation en baisse. Enfin des groupes surendettés : Vivarte, qui possédait entre autres Naf Naf, Chevignon et Kookaï, portait environ 1,3 milliard d'euros de dette avant son démantèlement, et le groupe a été liquidé en 2022. Camaïeu a fermé définitivement le 1er octobre 2022 avec 2 100 salariés concernés, et Jennyfer a demandé sa liquidation judiciaire le 30 avril 2025.

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